I - Pourquoi mettre en place une monnaie locale ?
Pour disposer d’un outil qui favorise l’avènement d’une économie plus respectueuse de l’être humain et de son environnement naturel et ainsi :
- mettre l'économie au service de l'homme et de la planète,
- développer la solidarité
- favoriser les échanges locaux
- soutenir des projets locaux d'intérêt commun
- réduire l'impact écologique
II - Historique :
L'idée de monnaie complémentaire peut surprendre. Pourtant ce fut une pratique courante tout au long de l'histoire et en particulier au moyen âge où les villes, les monastères, les seigneurs avaient leur monnaie en complément de la monnaie royale. Ainsi de très nombreuses monnaies circulaient à l'intérieur d'un territoire. C'est la recherche de monopolisation du pouvoir qui a conduit à l'abandon de la multiplicité des monnaies, jusqu'à la première grande crise de 1929. C'est à cette époque, au cœur de la crise, qu'est ré apparu l'usage de monnaies complémentaires, lorsque la monnaie nationale se faisait trop rare. De ces expériences d'alors sont nés deux système principaux:
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le système « barter » ou système de troc... (pour les entreprises)
De nombreuses entreprises dans le monde sont membres de réseaux utilisant le “Barter system“ ou système de troc. Ce système est « vendu » par des entreprises de services (comme celles qui vendent les tickets-restaurant par exemple). Leur but est de réunir à l’intérieur de leur réseau le plus grand nombre possible d’entreprises aux activités les plus variées pour permettre l'échange entre elles des biens et services qu'elles produisent, à l'aide de moyens de paiement exprimés dans une unité de compte propre au réseau. Ainsi, au lieu d'utiliser seulement la monnaie nationale, elles utilisent en plus une autre unité que nous appellerons ici UCR (Unité de Compte Réseau). Mais pour ceux qui ont déjà entendu parler de cela, nommons le WIR en Suisse (créé en 1933 il regroupe aujourd'hui 60.000 entreprises) ou le RES en Belgique (initié au milieu des années 90 il relie plus de 3000 entreprises). Cette formule offre deux avantages principaux aux entreprises affiliées :
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L'entreprise ne se défait pas de ses liquidités en monnaie nationale lors de ses achats auprès des autres membres, car elle peut les régler avec ses UCR. Sa trésorerie en monnaie nationale s'en trouve allégée d'autant.
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Elle bénéficie de l'effet réseau qui soutient son activité. Si l'entreprise « X » invite par exemple un client au restaurant, elle ira de préférence dans un restaurant affilié où elle pourra payer en UCR
Pourquoi appelle-t-on ce système « troc » puisqu’il y a utilisation d’un moyen de paiement comparable à la monnaie de banque ?
Dans le troc ancestral il y a échange d’une richesse réelle (bien ou service) contre une autre richesse réelle. Avec la variété des biens et services qui existent de nos jours, le troc est quasiment impossible à réaliser car on tombe rarement sur la personne qui offre ce que l’on cherche et qui désire au même moment une quantité équivalente de ce que l’on peut offrir. D'où l’introduction dans le système d’une « représentation symbolique » des biens et services : l'UCR. En réalité on retrouve là l’essence de la monnaie qui n’aurait jamais dû être autre chose qu’une unité de mesure pour évaluer les échanges et un moyen universel pour les faciliter entre les individus. Toutefois les réseaux en question refusent absolument que l’on considère les UCR comme de l’argent car elles n'en présentent pas toutes les caractéristiques. Elles sont outil de mesure et d'échange mais pas réserve de valeur : lorsqu’un membre achète un bien ou un service avec des UCR, il s’engage par cet acte vis-à- vis des membres du réseau à créer et mettre à leur disposition la valeur équivalente de bien ou service relevant de sa compétence. La finalité n’est pas d'accumuler des UCR mais de faciliter les échanges nécessaires à la vie des membres du réseau. Ainsi les comptes sont-ils rarement très créditeurs ou très débiteurs longtemps. Une limite dans chaque sens est en général fixée à chaque membre selon ses caractéristiques. Les dépôts ne sont pas rémunérés. Au contraire, certains réseaux appliquent même un intérêt négatif (principe de la fonte Geselienne des monnaies) afin d'encourager l'échange et non la thésaurisation. Il est aussi possible d'emprunter des UCR et, dans ce cas, les réseaux ne réclament pas ou peu d'intérêt. Lorsqu'il y en a, c'est seulement pour couvrir les frais de fonctionnement de l'organe gestionnaire du réseau.
Ces systèmes sont tout à fait officiels et légaux. Le chiffre d'affaire réalisé en UCR est déclaré en comptabilité comme s’il s’agissait d'un règlement effectué avec une devise étrangère. La fiscalité du pays peut donc s’exercer normalement. La limite de cela est qu’une entreprise ne peut réaliser qu’une partie minoritaire de son chiffre d'affaire en UCR, faute de quoi elle ne pourrait plus faire face au paiement des taxes, salaires et charges sociales et frais généraux.
2. Les SEL – Système d'échanges locaux.(pour les particuliers)
Vous l'aurez remarqué, le système barter ne s'adresse qu'aux entreprises. Parallèlement se sont développés, à l'initiative de Michael Linton depuis 1983 les LETS (local exchange trading system) plus connus en France sous l'appellation SEL (Système d'échanges Locaux) qui eux, ne concernent que les particuliers. Les participants échangent biens et services, mais surtout des services, dans une unité de compte qu'il n'est pas nécessaire de posséder à priori.
C'est la réalisation de l'échange qui « crée » la monnaie. La vraie richesse est dans le bien ou le service et dans la qualité de la relation. C’est un argent dont la provenance est basée sur l’égalitarisme de l’offreur et du demandeur, il décourage l’accumulation et encourage la coopération parmi ses usagers. Cette monnaie n’est qu’un outil d’échange qui permet d’éviter les contraintes liées au troc, il n’a ni valeur d’épargne, ni valeur spéculative.
Le compte de l'offreur est crédité du nombre de « grains de SEL » qui aura été convenu, la même somme sera débitée du compte du receveur. Préalablement, bien sûr, le groupe aura défini ce que représente un grain de SEL (une unité de la monnaie nationale par exemple, mais le plus souvent un grain de SEL = une unité de temps par exemple 1 minute ou 5 …) Ensuite est établi un inventaire des offres disponibles au sein de la communauté pour permettre aux membres de savoir qui fait quoi et qui offre quoi. Les échanges se font de gré à gré, les comptes sont soit centralisés soit tenus par chacun sur un carnet.
III - L'Actualité :
expérimentations en cours de développement dans le monde
Ces deux expériences fondamentales ont donné naissance à un vaste mouvement de monnaies complémentaires de par le monde (plus de 5000 expériences en cours, de nature très variées) mais qui s'adressent cette fois à la société dans toutes ses composantes: particuliers, entreprises et souvent collectivités locales. Elles visent toutes à ré introduire dans l'économie du sens, des valeurs sociales et écologiques. Citons le « Chiemgauer » en Allemagne, le « Ithaca Hour » aux Etats Unis, le « Calgary Dollar » au Canada, ou le SOL en France, plus spécifique à l'économie sociale et solidaire. Des centaines sont en train de fleurir à la surface du globe.
Dans le cadre de ces expériences, deux grands courants sont explorés :
a) Les monnaies non appuyées sur la monnaie nationale.
Appelons-là pour simplifier, « monnaie de type SEL ». La communauté qui décide de la mettre en place crée purement et simplement son unité de compte sans rapport et sans convertibilité possible avec la monnaie nationale. On se trouve alors dans un cas de figure inverse à celui qui préside dans nos sociétés. En effet la monnaie n'est plus raréfiée car on n'a pas besoin de la posséder pour accéder à un bien ou un service. Cela ouvre naturellement de vastes horizons mais on butte rapidement sur une question majeure: Que représente cette monnaie? Le commerçant qui va la recevoir en paiement est -il satisfait ? S'il est au cœur d'un vaste réseau qui lui permet de régler ses propres dépenses avec la monnaie locale qu'il a encaissée, oui, sinon, non.
Si on choisit ce cas de figure, il faut donc être:
soit très patient et motivé afin que le développement des échanges s'appuie ce que le réseau est capable d'absorber,
soit avoir au départ un réseau assez vaste et diversifié en productions essentielles pour permettre une circulation fluide de la monnaie, dans la confiance.
b) Les monnaies appuyées sur la monnaie nationale
C'est ce cas de figure que nous allons regarder de plus près dans ce guide, car c'est celui qui permet une mise en place de l'expérience à partir d'un petit noyau de quelques personnes et d'un professionnel.
IV - Comment cela fonctionne-t’il ?
Principe général
a) Transactions entre entreprises et particuliers
Les particuliers membres règlent leurs achats effectués dans les commerces et entreprises du réseau au moyen de « bons d'échanges en monnaie locale » (équivalents des billets de banque) qu'ils se procurent contre des euros, auprès de l'organe de gestion des comptes, dans un rapport par exemple de 90/100 (euros/bons d’échange). Cette « prime à l'achat» constitue une émission de monnaie non appuyée sur la monnaie nationale. Elle est incitative pour les adhérents car elle améliore leur pouvoir d’achat. Nous conseillons toutefois que cette amélioration profite surtout aux plus démunis. Ainsi, lorsque l'on « achète » les bons d'échanges, on peut choisir de les acquérir dans un rapport de 1/1, la prime allant alors alimenter un fonds qui permettra d'offrir aux plus démunis une amélioration de pouvoir d'achat supérieure au taux nominal, par exemple 75 ou 80/100.
Chaque entreprise reste libre de sa politique commerciale et décide de ce qu'elle rend disponible en échange des bons : quelle gamme de produits ou de services, payable en tout ou partie en bons d’échange...
Les bons d'échange sont au porteur ; ils peuvent circuler à l'intérieur du réseau au gré des échanges. Nous suggérons d'émettre des coupures de 1 – 2 – 5 – 10 et 20. Lorsque le prix d'un achat n'est pas rond, il suffit de régler à la valeur du bon supérieur et de se faire rendre la monnaie en centimes d'euros.
Les sommes collectées en euros constituent un fonds de garantie qui est placé de façon éthique (NEF, Crédit Coopératif,…) sur un compte rémunéré, permettant des retraits à vue très rapides.
Ce fond permet :
- de reconvertir en euros les bons d’échange excédentaires. Cette faculté est réservée aux entreprises seulement. En effet si un particulier peut décider de la quantité de bons qu'il veut acquérir, tel n'est pas le cas pour un professionnel. A moins d'une gestion fine et difficile à mettre en œuvre, il ne peut équilibrer facilement ses encaisses en monnaie nationale et monnaie locale.
- Grâce à cette possibilité les professionnels peuvent s'engager en confiance car ils savent qu'ils ne se retrouveront pas avec des bons inutilisables. Cela permet en outre de démarrer l'expérience avec un seul professionnel. Bien sûr, cela n'a pas grand intérêt puisqu'alors tous les bons seront re convertis mais l'essentiel au départ est de lancer la dynamique concrètement.
- Nous conseillons d'introduire dès le départ une contribution à la reconversion Bons d'échange/ euros. Cette contribution a pour but :
- D'inciter tous les professionnels à rechercher auprès de leurs fournisseurs, collègues, amis, de nouveaux participants, car le but n'est évidemment pas de se limiter à la reconversion de la monnaie locale, mais à sa circulation dans la communauté.
- A alimenter avec cette ressource un fonds de soutien à des projets éthiques et solidaires locaux ou autres, au gré de ce que voudront les membres de l'association.
- Attention, veillez au départ à faire coïncider le taux de la prime à l'achat avec celui de la contribution. S'il est proposé par exemple 105 unités locales pour 100 euros à l'achat, la contribution à la re conversion doit être du même ordre 105 unités locales pour 100 euros. Si la prime à l'achat est supérieure à la contribution de reconversion, il y a risque de ne pouvoir faire face aux engagements pris à l'égard des professionnels ce qui pourrait entrainer l'échec de l'expérience. Ce n'est qu'au fur et à mesure que la potentiel d'échanges grandira au sein de la communauté et que l'on constatera que les demandes de re conversion diminuent que l'on pourra affiner les choses et régler de façon différentes la prime et la contribution, Ces décisions devront faire l'objet d'un accord collectif appuyées sur des données statistiques concrètes..
b) Entre entreprises :
Au départ, le plus simple est de lancer l'expérience avec un seul moyen de paiement: le bon d'échange. Simple support papier, en prenant toutefois la précaution d'utiliser des billets non falsifiables. Les techniques abordables existent.
Mais le réseau s'étendant, les professionnels auront besoin de pouvoir se régler mutuellement sans se déplacer et sans risquer de poster des bons au porteur. Dès que la nécessité se fera sentir, il faudra donc introduire un autre moyen, le chèque.
Il est à noter que les factures et tickets de caisse se font en euros. C'est le paiement qui peut se faire en tout ou partie en monnaie locale. Une facture de 100 euros peut par exemple être réglée avec un chèque de 80 euros et un autre de 20 Unités de compte locale. L'essentiel est que le professionnel puisse reconstituer les paiements en comptabilité. Les chèques libellés en UCR sont donc adressés à l'organe de gestion des comptes qui, à l'instar d'une banque, tiendra l'écriture des mouvement et adressera un relevé.
Les règlements en monnaie locale entre entreprises affiliées ne résulte ni d'une obligation, ni d'une décision unilatérales, mais d'une entente négociée soit sur un volume ou une durée, soit au coup par coup.
Rappelons que le système est tout à fait légal: le chiffre d’affaire réalisé en unités de compte locales, sous forme de bons d'échanges ou de chèques est déclaré en comptabilité comme s’il s’agissait d’un règlement effectué en devise étrangère.
Dans une étape ultérieure, lorsque le réseau se sera élargi, il est recommandé d'introduire une gestion informatisée afin d'alléger la gestion et l'efficacité tant pour les professionnels que pour les particuliers. L 'usage d'une carte à puce viendra donc compléter le dispositif.
V - Chronologie des actions
pour initier une monnaie complémentaire adossée à la monnaie nationale11Si l'on choisit une monnaie libre, de type SEL, la chronologie reste la même, mais il faut dès le départ se poser la question de la capacité d'échange qui existe dans le réseau ou qui est à constituer pour que l'expérience soit viable
Ce qui suit n'a pas à être suivi à la lettre. Nous cherchons ici à donner un fil conducteur pour faciliter la mise en œuvre de l'expérience laissée à la créativité de chaque groupe.
1. Constituer le noyau des fondateurs
A l'origine est la volonté d'une ou plusieurs personnes, d'une ou plusieurs entreprises Une poignée de personnes suffit; ce n'est pas le nombre qui compte mais la motivation. Il faut toutefois veiller à avoir dans ce groupe de pionniers au moins un professionnel, dans un secteur d'activité qui répond à des besoins courants, afin de pouvoir offrir dès le départ un lieu où le paiement en monnaie locale est accepté (Une coop bio, une Amap... C'est ce qui touche toute la population). Sans professionnel engagé on reste dans le cadre du SEL, et l'expérience ne peut démarrer
2. Définir la finalité du projet
Une monnaie locale, oui, mais pour quoi ? Quelles sont les valeurs, quels sont les objectifs que nous voulons atteindre, qu'une monnaie locale peut soutenir.
3. Rédiger la charte
La charte résume la raison d'être de l'action. Elle doit être simple et courte pour être facilement mémorisée pour l'essentiel. C'est elle qui fixe le cap, donne le sens; c'est à partir d'elle que toute difficulté au fil du temps doit être considérée pour que l'expérience ne perde pas son sens. C'est la signature de cette charte (ainsi que le règlement en monnaie nationale de la cotisation dont le but est de couvrir tout ou partie des frais de fonctionnement) qui validera l'adhésion de la personne ou du professionnel. Nous proposons un modèle de charte (voir annexe 1), mais chaque réseau peut établir la sienne.
4. Définir le cadre légal
La monnaie doit circuler entre acteurs engagés à incarner les valeurs et objectifs de la charte. Ils doivent donc être adhérents d'un groupe identifiable. L'association ou la coopérative sont à priori les cadres les mieux adaptés... Définir les statuts, l'objet cohérent avec la charte, les règles de fonctionnement. Accomplir les démarches administratives appropriées pour enregistrer la structure choisie et ainsi définie. Si le choix se porte sur l'association à but non lucratif, penser à la constituer de façon à ce que son utilité générale soit reconnue pour permettre des dons déductibles. Si c'est utile ou souhaité , chaque membre reçoit une carte d'adhésion portant sa photo et sa référence. Cela facilitera l'identification des membres lors de l'achat des bons.
5. Définir le calendrier des réunions
Il est difficile de parvenir à réunir tous les intéressés en même temps en raison des contraintes professionnelles et familiales de chacun. Il est donc souhaitable de définir dès le départ un calendrier qui convienne à tous la majeure partie du temps. Au départ, tenir compte que les réunions doivent être plus fréquentes.
6. Définir les règles du jeu au sein des réunions
Les réunions sont essentielles puisque c'est là que se décident les choses. Mais dans la pratique elles peuvent devenir ennuyeuses et démotivantes si on n'y prend pas garde (voir le document : conseils pour tenir des réunions agréables et efficaces)
.
7. Définir le processus de prise de décision
Le plus simple consiste à voter à la majorité (à préciser). Cela permet d'avancer vite, mais cela crée aussi de nombreuses frustrations qui se traduisent dans le temps par des désaffections ou des problèmes relationnels qui peuvent faire exploser le groupe. Nous suggérons vivement d'adopter de processus « sociocratique » où les décisions sont l'aboutissement d'échanges conduisant au consentement de l'ensemble des participants par levée progressive des objections. Nous ne pouvons en dire plus ici.
Ce processus commence à être connu et vous pourrez trouver dans votre entourage une personne ressource qui pourra vous familiariser et vous former rapidement. Comprenez toutefois que ce processus implique d'accepter à priori de sortir de la logique du pouvoir pyramidal. Il demande à chacun une ouverture car tout le monde a exactement le même pouvoir. L’objectif est d’aboutir à une solution admise par tous où chacun se sente respecté. Tant que ce point de rencontre n’a pas été trouvé, c’est le signe que les membres du groupe sont accrochés à des croyances et convictions qui les empêchent encore de voir la question sous un autre regard. Chacun doit donc pouvoir envisager de modifier sa position jusqu’à trouver ce point de rencontre. Contrairement à ce que l'on pourrait penser il ne s'agit pas de se résoudre à des compromis, mais au contraire à enrichir la proposition de base grâce aux objections qui sont faites et dont il est tenu compte. Chacun se trouve ainsi écouté, reconnu, et la décision finale devient efficace parce que chacun peut la faire sienne.
8. Définir le fonctionnement de la monnaie
Conditions d'achat (auprès de qui ? Avec ou sans prime ? Mise en perspective avec le développement à prévoir au fil du temps)
Conditions de reconversion en monnaie nationale pour les professionnels (auprès de qui ? Avec ou sans contribution financière ? Mise en perspective avec le développement à prévoir au fil du temps)
Adoption ou non du principe de fonte et si oui définition des périodicités et modicités.
Désignation / création de l'organe d'émission et gestion de la monnaie locale : Ce peut être l'association elle-même, une agence bancaire locale qui accepte de « jouer le jeu », un notaire, une entreprise de service...
Choisir le nom de la monnaie
Choisir le support : le plus simple est de démarrer avec des « bons d'échange en papier »
Définir les coupures
Illustration des coupures : Le bon d'échange, au delà de sa fonction économique, est un indicateur d'engagement sociétal puissant; ce sera lui qui sera remarqué et qui fera poser des questions, interpellant ainsi toute la population sur son utilité et sa vocation. Nous vous invitons donc à soigner l'illustration des coupures en utilisant par exemple les talents d'artistes locaux et en valorisant par l'image ce que vous avez envie de mettre en lumière localement. Une face peut représenter des lieux ou des monuments qui caractérisent la région où les bons ont cours, l'autre face peut symboliser les valeurs que l'association désire promouvoir.
Fabrication et prévention contre la fraude : veiller à rendre les bons non falsifiables le plus tôt possible (encre / papier spéciaux )
Mise en perspective d'évolution avec le temps : vers le passage à la monnaie électronique
Placement du fonds de garanti constitué par la monnaie nationale reçue lors de l'achat de la monnaie locale cohérent avec la charte. (placement éthique, facilement disponible pour pouvoir répondre aux demandes de re conversion; auprès de quel organisme ?
Définition et organisation des éventuels fonds d'aide à des projets de développement local ou autres prévus dans le projet
9. Préparation de la promotion pour le lancement officiel
Créer une plaquette/tract d'information simple et convivial pour permettre de comprendre facilement de quoi il retourne, à distribuer lors des opérations de promotion (nous vous proposons un modèle en annexe 6 mais n'hésitez pas à faire selon votre inspiration)
Un site web est-il nécessaire ?
Définir l'action de promotion pour le lancement de l'opération Cela peut aller depuis une simple information bien visible dans le magasin pionnier avec permanence assurée aux heures d'affluence par les membres adhérents pour expliquer et distribuer le tract jusqu'à une rencontre grand public autour d'un film ou d'une conférence portant sur le sujet des monnaies locales.
Imaginer ensuite ce que vous ferez pour faire connaître le réseau et le développer. Dans tous les cas nous vous conseillons d'étendre le réseau par phénomène de tache d'huile. C'est chaque membre qui, mieux que quiconque a la capacité de sensibiliser son entourage. Toutefois, et chaque fois que vous le jugerez opportun, n'hésitez pas à organiser des rencontres avec la population locale pour présenter l'expérience autour d'une conférence, d'un film, d'une foire bio, ou de toute autre manifestation... N'omettez pas d'informer votre maire et les membres du conseil municipal afin d'inciter la commune à s'impliquer en veillant toutefois à ne pas se faire récupérer.
VI - Comment faire vivre les valeurs de la charte
Nous attitrons votre attention sur un piège qui peut conduire dans une impasse les expériences de monnaie complémentaire. Selon nous, elles ne doivent pas être considérées comme de simples bouées de sauvetage destinées à survivre à des crises, ou à pallier les insuffisances des monnaies nationales. Elles forment un vaste champ d'expériences au cœur duquel va se former une nouvelle conscience collective de la richesse et de son partage, devant aboutir à terme à une évolution globale des comportements économiques dans le monde. Mais cela ne se fera pas tout seul. Si la monnaie locale est cantonnée à sa seule fonction d'échange le sens de l'expérience, affiché dans la charte ne s'ancre pas dans un vécu et il ne reste qu'à un niveau symbolique qui sera oublié avec le temps. Il s'agit donc de faire vivre la charte:
En faisant se rencontrer les membres autour d'actions concrètes
Pratiquement, les membres du réseau peuvent se donner comme objectifs de:
Pour tendre vers le premier objectif : chacun est invité à se demander « en son âme et conscience », comme on dit, ce qu'il pourrait faire concrètement dans sa vie, tant sur le plan personnel que professionnel, pour se sentir plus en harmonie avec lui-même, les autres et la nature. Cette réflexion conduit à entreprendre des actions d'évolution.
Pour tendre vers le deuxième objectif : sur la base du simple volontariat, les membres s'organisent en groupes locaux (10 à 50 personnes ) et groupes de soutien (4 à 8 personnes) :
Plusieurs groupes peuvent cohabiter dans une même région. La convivialité est en effet plus facile à obtenir dans des groupes de taille modeste. L’essentiel est de ne pas jouer la carte de la compétition entre groupes mais celle de la coopération. Ainsi pourra-t-on bénéficier de la légèreté et du caractère chaleureux des petites structures sans se priver des avantages liés aux grands nombres. Toute personne a le libre choix du groupe où elle veut s’investir. Chaque groupe définit lui-même sa mission. Les groupes locaux se réunissent à un rythme régulier (une fois par mois ?) pour mener des réflexions et mettre en œuvre des actions d'évolution. Cette réunion est consacrée à la définition des actions à entreprendre et au feed-back d'avancement de celles qui sont en cours. Ces actions tournent principalement autour de projets collectifs d'intérêt commun ou d'aide au développement du comportement citoyen des entreprises membres, à leur demande (voir en annexe 5 le « fil d'Ariane pour inspirer les réflexions et actions d’évolution au sein de l’entreprise). C'est dans ce dernier cas qu'est formé un groupe de soutien.
A la demande d'un particulier ou d'une entreprise, un groupe de soutien est constitué par des membres volontaires, incluant le demandeur lui-même. La mission de ce groupe est
- D'aider un membre en difficulté : par des actions simples de solidarité entre membres, lorsque l’un d’eux est confronté à une difficulté, de quelque ordre qu’elle soit. A la demande du membre en difficulté, le groupe étudie toutes les possibilités pour résoudre la question.
- Aider au montage d’un projet éthique, humaniste ou écologique. Le groupe se mobilise autour du porteur de projet pour le soutenir dans sa démarche. L’aide commence, si nécessaire, à la conception même d’un projet (car un projet peut consister à en élaborer un à partir d’une simple réflexion) ; elle passe par son élaboration détaillée, elle se poursuit par son accompagnement dans ses phases de mise en œuvre et elle s’achève lorsqu’il a abouti ou lorsqu’il est abandonné d’un commun accord.
- Aider un professionnel à faire évoluer son activité pour qu'elle soit plus respectueuse de l'humain et de la nature. Nous invitons en effet à ne pas réserver l'expérience des monnaies complémentaires à des groupes élitistes où seuls pourraient participer des organisations déjà très engagées sur le plan de l'éthique. Ces expériences doivent à notre sens être une porte ouverte, une invitation et une aide pour tout professionnel qui a envie de contribuer à cette mutation qu'il ressent nécessaire, sans pour autant savoir comment faire. Un professionnel membre, dans cette situation, demandera la constitution d'un groupe de soutien pour l'aider dans cette démarche d'évolution.
- d'Être le garant de l’éthique : le groupe de soutien enrichit la démarche par ses réflexions selon les connaissances et informations technologiques qu’il détient et vérifie que le projet, tel qu’il est présenté, répond aux préoccupations humanistes et écologiques du réseau.
Mode de prise de décision :
La encore nous recommandons de recourir le plus souvent possible au processus sociocratique par consentement unanime des membres actifs présents. N'oublions pas toutefois que « le mieux est l'ennemi du bien » et que l'entreprise reste souveraine de sa politique. Le groupe n'est là que pour aider..
VII - Les avantages liés à une telle expérience :
Au plan collectif
- dynamiser et inspirer la pensée collective
- Grâce aux réflexions et actions menées en commun dans les groupes locaux et groupes de soutien dans un esprit de coopération et de solidarité
-
Grâce à l'usage des monnaies complémentaires qui permettront de nous ouvrir à une nouvelle conception de la monnaie, où celle-ci n'est plus la richesse après laquelle on court, mais l'outil qui permet d'échanger la vraie richesse : ce que nous offre la terre, valorisé par l'activité humaine.
-
créer ou renforcer le lien entre le citoyen et l'entreprise. Les liens actuels sont faussés et souvent hypocrites dans la mesure où le rapport n'est que marchand. Au travers des groupes de soutien, le citoyen « entre dans l'entreprise » et l'on peut espérer une évolution globale qui, à terme, se traduira par une économie soutenable au service de tous les êtres humains.
Au plan individuel
Au plan de l'entreprise :
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fédérer les collaborateurs par l'inspiration. La motivation au travail est toujours un point délicat. Si le salaire ne doit pas être négligé, il ne sera jamais suffisant pour compenser le manque de « sens ». Une entreprise qui redonne du sens et, a fortiori, un sens qui répond aux aspirations profondes des individus, ne peut que favoriser un courant d’adhésion plus fort.
-
s'ouvrir à une économie responsable, fondée sur l'amélioration de la qualité de la vie pour tous. Certes cela ne les affranchira pas de l’obligation de compétitivité, mais elles pourront parler un langage plus « citoyen », plus « vrai » et développer des relations avec leurs fournisseurs et clients dans un rapport gagnant/gagnant et non gagnant/perdant.
§
Quelques références :
- Bernard Lietaer a travaillé pendant 30 ans sur les systèmes monétaires. Il est l'auteur de nombreux ouvrages dont Monnaies régionales co-écrit avec Margrit Kennedy (éd. Charles Léopold Mayer, 2008).
- Pour plus d'informations sur le sujet des monnaies, vous pouvez consulter le site de l'association AISES (Association Internationale pour le Soutien aux Economies Sociétales) www.aises-fr.org
- Philippe Derudder est un des pionniers de la création de monnaies locales en France. Il est l'auteur de nombreux ouvrages et donne régulièrement conférences et stages. Contact : derudder@lhed.f